#jerestealamaisonMAIS…je suis une mère solo

“Je reste à la maison mais tout le monde s’en fout. Je ne suis qu’une mère solo au foyer que son état de santé précaire a obligé à choisir entre le boulot et son enfant il y a déjà quelques années. Mon cas n’est pas étudié, je ne suis représentée nulle part. Je fais partie de la caste des invisibles. De quoi je me plains, n’est-ce pas ?Je suis sur la mutuelle et « grâce » à mon statut de « chef de ménage », je « gagne » sans doute plus, actuellement, que certains travailleurs qui se retrouvent au chômage technique ou permanent. La différence, c’est que les femmes comme moi, nous n’existons pas. Par conséquent, nous n’avons ni la possibilité de nous plaindre ni de dire que tout va bien, quand c’est le cas. Cette crise nous divise en lignes, si j’ai bien compris. Il y a, d’abord, les « héros » du moment qui sont, pour la plupart, des héroïnes-même si elles n’aiment pas être appelées comme ça pour les raisons que l’on connaît et que, personnellement, je cautionne – qui vont, pour les moins chanceux.ses d’entre iels, finir au casse-pipe par manque de matériel ; ensuite, viennent les autres travailleurs des secteurs essentiels (caissiers, éboueurs, facteurs et toustes celleux que j’oublie…), puis, les parents ou non-parents qui télétravaillent ou téléglandent, c’est selon et enfin, les autres, les rebuts ou les inutiles parce que trop vieux, chômeurs, au foyer, sdf, migrants, prostitué.e.s et/ou malades. Donc voilà, pour ma part, mon confinement, cinq jours par semaine (mon fils est deux jours chez son père en moyenne), c’est le ménage, la popote, l’administration de l’appartement, m’occuper d’un petit gars bien sympa de 8 ans, faire la prof, éviter (comme je peux) de péter les plombs pour que lui ne pète pas les siens, à son tour, aller prendre un bon bol d’air (de moins en moins car vu qu’on nous a tellement mentis sur la maladie, je ne sais plus qui croire) parce qu’on en a le droit, partager des trucs sur FB ou d’autres réseaux sociaux pour dénoncer ce qu’il se passe (situation dont, en tant que patiente, j’étais déjà bien consciente avant le corona), parler au téléphone avec ma mère qui est en chimio, chatter un peu avec des ami.e.s ou connaissances, lire, essayer de me concentrer sur une série ou un film et écrire parce que j’en ai besoin, que c’est gratuit et que je ne risque pas de refiler mes microbes éventuels (le dépistage en masse, ce doit être pour une autre galaxie) à quelqu’un en le faisant. Rien de palpitant, juste de quoi, et contrairement à ce que la majorité des gens pense, être bien occupée et lessivée à la fin de la journée. J’ai bien conscience qu’il y a pire ailleurs, que ce qui me fait peur, c’est l’angoisse d’être en train de revivre le cauchemar d’une époque où j’étais résumée à mon seul rôle de mère. C’est l’angoisse de craindre que tout ce que j’aurais mis des années à (re)construire sera peut-être anéanti en quelques semaines, quelques mois. C’est l’angoisse de voir mon fils traumatisé-ou pire- par cette saloperie. C’est l’angoisse de penser que peut-être, à la fin de la bataille, il manquera des gens parmi les miens et que je n’aurais même pas pu leur dire au revoir….C’est tout ça et encore plus. Cependant, comme je le disais au début de texte, je reste à la maison et tout le monde s’en fout puisque je ne suis que mère solo au foyer et que, par conséquent, je fais partie des gens qui ne sont rien”.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Create your website with WordPress.com
Get started
%d bloggers like this: